En débat

Le duel Macron-Le Pen n’est pas une fatalité !

le 21 mars 2021, par Sandra Cormier

Édito de la revue L’anticapitaliste n° 124, mars 2021, dont le dossier central porte sur "Fascismes d’hier et d’aujourd’hui, comprendre pour combattre".

Le débat du 11 février entre Gérald Darmanin et Marine Le Pen ressemblait à une mise en scène. Tout semble déjà ficelé. Pour le second tour de la présidentielle, il n’y aurait pas d’alternative mais un scénario écrit d’avance, une répétition annoncée du duel Macron-le Pen.

Un goût de déjà vu qui passe portant mal pour la grande majorité des sondéEs, qui selon l’IFOP refuseraient à 70%, ce nouveau statu quo.

Un duel de dupes !

Le macronisme a enrayé le mécanisme de l’alternance mais il a reconstruit une bipolarité de la vie politique autour d’un nouveau tandem. Cette prétendue dualité relève davantage des calculs politiciens de la part des protagonistes, qui agissent en co-construction, dans une fausse opposition mais une vraie complémentarité. Il y a pour eux un enjeu majeur à perpétuer l’idée qu’il n’y a pas de scénario alternatif.

Le RN, qui a largement achevé sa stratégie de dédiabolisation, trouve dans son intérêt d’apparaître comme un parti légitime, crédible pour exercer le pouvoir, quand les macronistes peuvent se poser comme les seuls remparts au RN. Macron et sa clique ont compris l’efficience de cette situation lors du second tour de la présidentielle de 2017 et ont déjà exploité ce filon lors des dernières élections européennes.

Le débat du 11 février, sur fond de loi sur le séparatisme, a illustré que c’est d’un commun accord que ce duo développe une polarisation mortifère autour des thématiques les plus abjectes et qu’il se dispute le même fond de commerce, celui du racisme et de la chasse aux immigréEs. Darmanin dans sa surenchère islamophobe, reprochant à Marine le Pen d’être trop molle sur le sujet, montre toute la tartuferie du duel. Macron a intérêt à surfer sur les peurs et à chasser sur les terres de l’extrême droite pour se maintenir en place. Focaliser l’attention sur l’immigration, l’islam, la sécurité, la protection des frontières, c’est faire oublier la gestion catastrophique de la crise sanitaire, l’explosion du chômage de masse, les licenciements et faire que les colères soient dévoyées et ne se retournent pas contre les vrais responsables.

Un rapport de force dégradé

La difficulté ne se limite pas à déjouer la symbiose du duo Macron-Le Pen et son exploitation politico-médiatique mais de s’attaquer au fond du problème. Le fait est que cette configuration reste l’hypothèse la plus probable aujourd’hui.

La dégradation des rapports de forces sociaux au profit des options réactionnaires en constitue la cause profonde. Les défaites contre les politiques d’austérité, de la loi Travail aux contre-réformes des retraites, la difficulté à faire émerger des luttes et une perspective politique pour notre camp social, tout cela pèse sur la situation. Sans oublier le poids de la répression d’un État toujours plus liberticide et autoritaire, d’une bourgeoisie qui a opté pour l’ordo-libéralisme, prête à tout pour écraser les résistances.

Le mouvement ouvrier, largement institutionnalisé, semble incapable de sortir de l’atonie. Il continue de se désagréger, perd en influence laissant la place aux options réactionnaires. Il y a, malgré les mobilisations, un recul de la confiance dans l’action collective, le reflux de la grève en est l’illustration.

Une perte de confiance, de conscience dont bénéficie le Front national. Il constitue aujourd’hui l’un des courants politiques les plus solides, qui subit le moins les flux et reflux des rapports de forces politiques avec une forte fidélité de son électorat.

Inverser la tendance par nos mobilisations

Mais rien n’est ficelé. Tout d’abord, il faut imposer notre agenda politique, sans attendre une prétendue solution électorale en 2022, et gagner la bataille des idées en imposant les préoccupations de notre camp social.

Pour stopper le carnage social en cours, la bataille contre les licenciements est centrale. La réduction du temps de travail, son partage entre toutes et tous sont plus que jamais d’actualité. Nous devons aussi mener une véritable fronde contre la division organisée de notre classe. Le mouvement ouvrier dans son ensemble doit tout engager pour construire des campagnes, des mobilisations unitaires, des actions de solidarités concrètes contre l’islamophobie, le racisme, la chasse aux immigréEs.

Il faut reconstruire l’unité de notre classe autour de mesures d’urgences sociales et sanitaires, mais aussi démocratique et écologiques. Nous ne partons pas de rien. Nous devons renforcer les cadres unitaires, collectifs, syndicats, associations, en s’appuyant sur les mobilisations et l’auto-organisation. Les colères exprimées, dans la jeunesse, les quartiers populaires, contre les lois liberticides, contre le racisme et les violences policières, les violences sexistes et sexuelles, le changement climatique et les projets inutiles et destructeurs sont le terreau à partir duquel nous pouvons arracher des victoires et faire émerger une autre perspective. Faire vire l’idée qu’un monde débarrassé de la barbarie dans laquelle le capitalisme plonge l’humanité un peu plus chaque jour est non seulement possible mais indispensable.