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Suite du 7ème jour du procès en appel des meurtriers de Clément Méric

le 6 juin 2021, par La Horde

Nous reproduisons ci-dessous le compte-rendu par le site antifasciste La Horde de la suite du septième jour du procès en appel des meurtriers de Clément Méric.

La réalité de la violence de l’extrême droite

Depuis le début du procès, les deux avocats de la défense tentent de mettre au même niveau la violence de leurs clients, et plus largement celle des groupes nationalistes, et celle de leurs opposant·es, voire même de considérer la « violence des antifas » comme supérieure à celle des néonazis. Mais cette construction idéologique, qui cherche avant tout à minimiser la violence de l’extrême droite, ne tient pas face à la réalité des actes constatés, ce qu’a démontré un chercheur appelé comme témoin.

Nicolas Lebourg est un historien, spécialiste de la question des violences et des radicalisations militantes en France. Il n’a certes aucune sympathie pour les néonazis, mais ce n’est pas non plus un militant antifasciste : il participe au site Fragments sur les Temps présents, et s’intéresse à l’extrême droite en tant que chercheur. Auteur d’une thèse sur le mouvement nationaliste-révolutionnaire (NR), Nicolas Lebourg a commencé par présenter rapidement les origines de ce mouvement, dont Troisième Voie (TV) est le dernier avatar (pour une histoire de ce mouvement on vous renvoie pour la première version ici et pour la version 2010-2013 https://lahorde.samizdat.net/de-batskin-a-serge-ayoub-3-les-annees-revival). Il précise que le mouvement compte des néonazis, mais pas seulement.

La violence d’extrême droite en chiffres

Il rappelle ensuite un certain nombre de chiffres, qui font voler en éclat la thèse des avocats de la défense, pour qui la violence des nationalistes et celle des antifascistes seraient équivalentes.

En 2012, sur un total de 31 faits de violence, 22 sont causés par l’extrême droite contre 9 par l’extrême gauche ; en 2013, sur un total de 62, 47 sont causés par l’extrême droite contre 15 par l’extrême gauche. On voit donc que d’une part la violence augmente à cette période, et qu’en proportion, elle est du fait de l’extrême droite dans 75% des cas.

Sur la période 1986-2016, l’extrême droite est responsable de 229 agressions, contre 40 pour l’extrême gauche, soit une responsabilité de l’extrême droite dans 85% des agressions.

Les JNR version années 90

Concernant les violences mortelles, sur la même période, 5 sont imputables à des militants d’extrême gauche (dont 4 au seul groupe Action directe), contre 44 pour les militants d’extrême droite (dont 36 avec un motivation raciste) : l’extrême droite est donc responsable de 90% des violences mortelles sur les trente dernières années.

Si on observe la violence des skinheads, sur la même période, on compte 325 faits de violence, ayant entraîné 8 morts et 81 blessés.

Brahim Bouarram, assassiné par des skinheads en marge d’une manifestation du FN à Paris, le 1er mai 1995.

La violence comme mode d’intégration

Alors qu’un des avocats des parties civiles signale que les deux accusés ne sont pas des idéologues, loin de là, Lebourg explique comment la communauté militante propose une forme de sociabilité à travers la musique, le foot, le tatouage… On est invité à rejoindre un « clan » : spécialement dans les mouvements NR, il y a une volonté politique à passer tout son temps libre entre militants, à faire des activités physiques en groupe. La violence est une forme d’idéologie en acte, c’est elle qui crée la doctrine.

Ibrahim Ali assassiné par des colleurs d’affiches du Front National à Marseille le 21 février 1995

Avant les années 1980, cette violence est dirigée principalement contre des cibles juives, puis dans les décennies 1980-1990, davantage contre des cibles maghrébines ou noires. Quand à leurs opposants politiques, ils sont eux aussi une cible, en particulier sur des questions de territoire ; c’est aussi une démonstration de force pour faire venir à soi de nouveaux militants.

Aussi, quand les avocats de la défense, Étrillard en tête, évoquent comme un mantra le cas de notre camarade Antonin, à qui les faits reprochés datent de plusieurs années après la mort de Clément, ou interrogent le témoin sur la violence des antifascistes dans les années 1920 au prétexte que Matthias a écrit un livre sur les groupes d’autodéfense de la SFIO dans les années 1930, ils ne démontrent qu’une chose : ils sont à côté de la plaque. Leur arrogance et leurs mensonges sont une épreuve pour les proches de Clément et leur soutien : ils doivent aussi commencer à user les jurés et le président du tribunal, ce qui n’est dans l’intérêt ni de Morillo, ni de Dufour. En cela, Triomphe, comme Etrillard, ne montrent guère d’empathie pour leurs clients, et semblent plus préoccupés de s’agiter dans le prétoire pour en faire une tribune politique, que de véritablement les défendre.
La Horde