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Suite du 4ème jour du procès en appel des meurtriers de Clément Méric

le 31 mai 2021, par La Horde

Nous reproduisons ci-dessous le compte-rendu par le site antifasciste La Horde de la suite du quatrième jour du procès en appel des meurtriers de Clément Méric.

Les antifas remettent les pendules à l’heure

Les amis de Clément étaient appelés à témoigner pour rappeler le déroulement des faits ce jour-là. Ce fut un moment difficile, mais c’est avec clarté, malgré les tentatives de déstabilisation de la défense, qu’ils ont raconté l’agression inattendue qu’ils ont subi de la part des néonazis, qui devait se conclure par le décès de leur jeune camarade.

Alors que, durant la matinée et le début de l’après-midi, la parole a été laissée aux amis des deux accusés, ce sont ensuite Steve, Aurélien et Matthias, les amis de Clément, constitués parties civiles, qui se sont présentés à la barre pour raconter leur version des faits.

Dans la vente privée

Steve commence et explique qu’avec Aurélien et Matthias, ils s’étaient donnés rendez-vous la veille pour se rendre le mercredi 5 juin à une vente privée de vêtements, dans un appartement de la rue de Caumartin. Avant d’arriver sur place, il appelle Clément pour lui proposer de les rejoindre. Alors qu’Aurélien et Matthias avaient déjà réglé leurs achats, il voit entrer dans l’appartement deux hommes et une femme, avec la parfaite panoplie du skinhead (docs coquées, bombers noir, crâne rasé) et des t-shirts« 100% pure race » ou arborant le logo de Blood & Honour. Impossible de les rater : d’ailleurs, quand ils arrivent, un vigile échange un regard avec Matthias et Aurélien et leur glisse : « Ça existe encore des gens qui s’habillent comme ça ? ».

Photographie extraite de la vidéosurveillance de la RATP, station Havre-Caumartin, 5 juin 2013, à 17h41. De gauche à droite : Lydia Da Fonseca, Alexandre Eyraud, Samuel Dufour.

Steve ironise et les interpelle : « Alors, les nazis, on fait les courses ?  ». Une provocation assumée, car comme le rappellera Matthias, «  la première provocation, ce sont les t-shirts racistes et néonazis que les skinheads portaient ce jour-là. »

Les trois néonazis semblent surpris, lui demandent qui il est. À ce moment-là Matthias vient le chercher ; les trois amis quittent la vente privée et décident d’attendre Clément, qui est en route, à une trentaine de mètres du lieu de la vente. C’est une des premières belles journées de juin, le groupe prend le soleil, tout en passant des coups de fil pour préparer une fête d’anniversaire qui a lieu le soir même. Les accusés et leurs défenseurs ont interprété ces coups de fil comme des demandes de renfort, mais les amis de Clément ont rappelé que personne n’est venu avant le drame : c’est après la chute de Clément et le départ des néonazis que leurs amis, prévenus de la gravité de la situation, sont arrivés sur place, ce qu’ils auraient très bien pu faire plus tôt… si on le leur avait demandé.

Clément finit par les rejoindre, et ils attendent le départ des néonazis de la vente privée pour pouvoir y retourner avec lui (« On ne voulait pas se mélanger avec ces gens-là » précise Steve). Un des vigiles de la vente vient alors à leur rencontre, devant l’église, pour leur dire qu’il ne veut pas de bagarre : les antifascistes le rassurent, ce n’est leur intention. Cela aurait d’ailleurs été totalement stupide de leur part : cette rue piétonne très commerçante est pleine de monde, une caméra de surveillance bien visible pointe dans leur direction, eux-mêmes ont des sacs de course… Avec une naïveté qu’ils regrettent aujourd’hui, ils imaginent que les néonazis se sont fait la même réflexion et que les choses en resteront là, sous-estimant leur stupidité, n’imaginant même pas qu’ils pouvaient avoir appelé des renforts. Matthias en profite tout de même pour signaler au vigile qu’il a distinctement vu dans le sac de l’un des néonazis un poing américain ; il lui demande aussi de prévenir deux policiers en tenue présents dans la vente, ce que le vigile a finalement reconnu lors de son passage à la barre.

Dans la rue

Alors qu’ils attendent depuis une vingtaine de minutes, Clément, peut-être par impatience, décide d’aller jeter un coup d’œil à la vente privée. Dans l’escalier, il croise les néonazis et envoie un SMS à ses amis : « Ils descendent ». Il s’attarde plusieurs minutes dans les étages avant de les rejoindre. Les néonazis prétendent que Clément leur aurait dit dans la cour de l’immeuble, en sortant, « on vous attend », ce qu’aucun des témoins présents (les membres du staff qui fumaient leurs cigarettes) ne confirme. Alors que les vigiles leur conseillent de partir sur la droite, Morillo et Dufour, suivis d’Eyraud, sortent du 60 rue de Caumartin sur la gauche, et se dirigent droit vers les quatre jeunes antifas.

Après un rapide échange verbal, les premiers coups sont portés. Avec franchise, Aurélien dit qu’il ne se rappelle pas distinctement qui a commencé. Steve et Aurélien se souviennent en tout cas qu’au moment du coup mortel porté à Clément, qui s’écroule, ils entendent distinctement Morillo s’exclamer : « One shot !  » d’un ton triomphant. Steve lui-même est frappé au visage par Morillo, a priori à main nue, tandis que Stéphane Calzaghe, un autre néonazi arrivé entre temps en renfort, l’attaque à coup de ceinture. Aurélien et Eyraud se font face, mais aucun coup n’est échangé. Matthias, lui, esquive le premier coup que tente de lui porter Dufour, et riposte. Tandis qu’Aurélien tente de défendre Clément de Morillo, le néonazi est repoussé par Matthias, que Dufour frappe alors avec son poing américain, un coup bloqué mais qui laisse une marque profonde, d’une forme caractéristique, sur un des avant-bras de l’antifasciste. Matthias frappe alors Dufour au visage, qui est touché au nez.

Photo prise le 6 juin 2013, lors de l’hommage que ses amis lui ont rendu sur les lieux de son décès.

C’est une passante qui met fin à l’affrontement en hurlant quelque chose comme « C’est la violence de Satan ! ». Une exclamation étrange, certes, mais Matthias a rappelé lors de son témoignage qu’en attendant, ce fut la seule personne, parmi la foule présente qui assistait au « spectacle », à intervenir…

Arnaques de Triomphe

Triomphe, l’avocat de Morillo, n’avait pas vraiment de quoi contester les faits : il a donc tenté de déstabiliser les témoins, comme au premier jour et de faire des agressés les agresseurs.

Ainsi, après que Steve l’a prié de bien vouloir mettre son masque (puisqu’il ne l’avait quasiment pas sur le visage depuis le début du procès), il lui demande ce que signifie « antifa ». Steve répond patiemment que cela signifie antifasciste ; ce à quoi Triomphe lui répond : « On devrait plutôt vous appeler antina ! » Devant l’incompréhension et le malaise provoqués par sa « blague », il s’explique : « Ben oui, parce que vous les appelez tout le temps nazis, pour bien les diaboliser ! » Hum… Comment désigner autrement Morillo qui considère Mein Kampf comme son livre favori, Eyraud et son tatouage 88 pour Heil Hitler, ou Dufour et son t-shirt Blood & Honour ? Triomphe ne le dit pas.

Ensuite, il a tenté de faire passer Aurélien pour un individu violent, « du genre hostile » : pour le montrer, il s’appuie sur un article publié sur un site dont il ne parvient même pas à prononcer le nom quand on lui demande de citer sa source.

À gauche, "l’expert" cité par Triomphe. À droite, Aurélien encerclé par les manifestants de la Manif pour Tous, dont une "famille avec poussette" au crâne rasé, face à Aurélien.

Aurélien a bien compris que Triomphe avait cherché à semer la confusion dans l’esprit des jurés en essayant d’inverser les rôles en apportant des éléments fantaisistes sans rapport avec ce qui s’est passé le 5 juin : il lui a d’ailleurs demandé quelle était sa question, car en réalité, il n’y en avait pas. Triomphe accuse aussi les télés d’avoir « inventé » le poing américain ou de manipuler les cerveaux des témoins : mais Aurélien a rappelé que les médias, à l’époque comme aujourd’hui, n’étaient pas particulièrement favorables aux antifascistes et n’hésitaient pas à colporter de fausses informations.

Car sur les faits eux-mêmes, Triomphe n’a pas beaucoup de questions à poser. À Matthias, il n’en posera même aucune.

Si Etrillard, au moins, reste attaché aux faits, il utilise aussi des grosses ficelles pour tenter de les déformer : ainsi, il déduit de la présence de Matthias hors du champ de la caméra qu’il se trouve « à plusieurs mètres » des autres alors qu’il est tout à côté ; il tente de jouer sur le physique de notre camarade (« votre corps m’impressionne » ose-t-il) et sa pratique des sports de combat pour le mettre dans le rôle de la brute épaisse, mais là encore sans convaincre : parce qu’il est un pratiquant chevronné, Matthias a pu présenter à la cour de façon claire et précise les différents coups reçus et donnés, et expliquer comment Morillo a très bien pu frapper Steve du gauche à main nue, et Clément du droit avec un poing américain…

Si l’après-midi a été éprouvante pour les trois amis de Clément, obligés une fois de plus de se remémorer ces moments atroces, ils peuvent au moins avoir la satisfaction d’avoir pu expliquer les faits, sans chercher à "charger" les accusés, car comme ils l’ont dit au président du tribunal qui leur demandait ce qu’ils attendaient de l’issue du procès, tous les trois ont répondu : «  la vérité ».
La Horde