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Le vrai-faux discours social du RN

le 7 juin 2020, par Commission nationale antifasciste

Dans son discours pour le 1er mai virtuel du RN, Marine Le Pen affirmait que « la nation est l’échelon le plus protecteur », et saluait « ces héros du quotidien qui furent aussi Gilets jaunes ». La construction du discours social du RN résonne dans les classes populaires et se nourrit du confusionnisme ambiant. Nos réponses doivent donc intégrer en permanence l’ombre des extrêmes-droites qui plane au-dessus de nos terrains de lutte.

Le RN bénéficie d’un accès indéniable aux médias. La banalisation du nationalisme et de la xénophobie pénètrent largement. Le RN a besoin structurellement que ses idées soient diffusées et reprises, dans les médias, « alternatifs » ou pas, sur les réseaux sociaux, etc. Malgré ses probables plus de 20 000 adhérents, le RN n’est pas une organisation militante de masse. Sa relative difficulté à constituer ses 400 et quelques listes aux Municipales témoigne de ses faiblesses militantes, malgré sa promesse d’aligner des candidatures « sérieuses ». Il est difficile d’évaluer dans quelle mesure la base militante des extrêmes-droites est sortie renforcée de la pandémie (comme des manifestations de Gilets jaunes et des occupations de ronds-points). Il est probable que ce soit plutôt faible pour le RN. Les succès d’agitation et de propagande du RN tiennent plus à la diffusion « passive » de ses idées qu’à une implication à la base de ses militant-e-s.

Il est nécessaire de contrer ses grands axes de campagnes idéologiques : d’une part, la partition imaginaire entre une « France périphérique » et une « Non-France des zones en sécession » qui permet au RN d’aligner son projet sécuritaire et xénophobe ; et d’autre part, ses propositions politiques « alternatives », tournant autour des notions plus ou moins floues de protectionnisme et de localisme, sensées donner un vernis social à son projet nationaliste.

L’exemple de l’hôpital

Mi avril, Marine le Pen à l’assemblée proposait d’offrir aux soignantEs 1 ou 2 trimestres de retraite en remerciement de leur travail pendant la crise du Covid. D’apparence sociale, pourquoi est-ce une fausse bonne idée ?

Marine Le Pen et sa position sur les hôpitaux avant la crise Covid ? Avant la crise du Covid, les revendications de MLP pour défendre le service public de la santé sont faibles : sa campagne de 2017 était surtout axée sur la revendication raciste de la suppression des aides médicales de l’état (AME), pour « protéger la santé des français ».

Sur ses 144 engagements de la campagne de 2017, il est juste fait mention d’augmenter les effectifs de la fonction publique hospitalière, sans plus de précision : aucun chiffre, aucun engagement.

Pourtant, les revendications du personnel hospitalier ne datent pas d’hier : plusieurs mouvements ont eu lieu ces dernières années contre les fermetures d’hôpitaux et notamment de maternités, autour des manques de moyens, pour de meilleurs conditions de travail (avant même la revendication des salaires) notamment dans les services d’urgence, des mouvements massifs de personnel en psychiatrie… Jamais le RN n’a évidemment pris part à ces mouvements.

Vue la pénibilité du métier, il n’est pas rare que les infirmierEs ne passent pas leur carrière complète dans ce métier, en premier lieu c’est donc bien sur les conditions de travail et rémunération que des changements doivent s’opérer.

Le RN n’évoque jamais les revendications essentielles portées par les syndicats : augmentation de salaire de 300€ mensuel net, création de postes et ouverture de lits.

Même sur la question des retraites et le retour à 55 ans comme âge de départ à la retraite en raison de la pénibilité, on est loin des 2 trimestres évoqués par Marine Le Pen. Cette proposition visant en apparence à soutenir les soignantEs est complètement hors sol par rapport aux revendications que le personnel porte depuis des années, mais ce n’est pas non-plus comme si le RN s’était déjà réellement intéressé à cette thématique.

Malgré quelques rares initiatives, les extrêmes-droites n’ont pas particulièrement brillé non plus dans l’organisation de la solidarité pendant la crise sanitaire. Quelques maraudes sociales et actions d’entraides ont été engagées par des groupes locaux déjà mobilisés sur le sujet. Même si le RN voit en général d’un bon œil ces gestes de solidarité de jeunes gens envers les français dans le besoin (« les nôtres avant les autres »), le parti n’est pas très à l’aise avec l’idée d’organisation autonome et d’autoprotection face à l’État, même jugé défaillant. Ce n’est pas le cas pour des courants de pensées qui le traversent, comme les identitaires.

Dans la stratégie du RN, l’implantation des élus de terrain, qui prennent pied dans des collectivités locales, sert de marche-pied pour la présidentielle. Les villes RN permettent de professionnaliser l’appareil : notabiliser les cadres locaux et « permanentiser » des militants. Mais même un maire comme Steeve Briois, connu pour avoir « labouré » le terrain et être proche de ses administrés, ne donne pas un exemple particulièrement ambitieux en manière de solidarité. Comme la plupart des mairies, le confinement a pris de court les équipes municipales du RN. L’absence d’une priorité concrète portée à des services publics de proximité, bien dotés, avec de bonnes conditions de travail pour leurs agent-e-s et une implication de leurs usager-ères, rend d’autant plus compliqué l’adaptation à une situation inédite.

Enfin, depuis quelques jours, on assiste à un début d’offensive anti-syndicale, que ce soit Valeurs Actuelles qui se plaint des vilains syndicats qui sabotent l’économie française, ou encore de Thibaut de la Tocnaye (RN) qui veut « libérer le syndicalisme ». Discours social d’un côté mais vieilles rengaines patronales de l’autre : au RN aussi, on pratique le « en même temps »...