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Face à Zemmour-Le Pen et à la fascisation : construire une riposte unitaire et développer des réponses radicales

le 9 décembre 2021, par Julien Salingue

Le meeting de lancement de campagne de Zemmour à Villepinte a été l’occasion de mesurer l’ampleur de la menace que représente sa candidature, et des dangereuses dynamiques desquelles elle participe : normalisation de positionnements d’extrême droite, regroupement et renforcement des groupuscules violents, consolidation d’un bloc d’extrême droite à plus de 30%, pressions sur l’ensemble du champ politique. Il y a urgence à réagir et, sans verser dans le catastrophisme, à prendre la mesure de ce qui est en train de se passer et à se donner les moyens de construire une riposte à la hauteur des enjeux… et des dangers.

Au moins 10 000 personnes ont assisté au lancement de la campagne Zemmour à Villepinte. Au cours de ce meeting, des propos haineux et menaçants ont été proférés depuis la tribune et des actions violentes ont été menées par des milices, avec des journalistes molestés et l’agression très médiatisée contre les militantEs de SOS Racisme, auxquels nous apportons évidemment tout notre soutien. À l’extérieur de la salle, plusieurs centaines de manifestantEs se sont regroupés, qui ont eux subi les assauts des milices, doublés de charges policières, avec des dizaines de personnes interpellées, auxquelles nous témoignons toute notre solidarité. Dans le même temps, à Paris, plusieurs milliers de personnes ont manifesté contre Zemmour et l’extrême droite, dans une ambiance combative mais, malheureusement, avec des effectifs très en-deçà des enjeux.

La fascisation est là

Zemmour est une menace, tout comme l’est Le Pen, que nous n’oublions pas, loin de là. Les deux principaux candidats de l’extrême droite, qui regroupent aujourd’hui dans les sondages entre 30 et 35% des intentions de vote, font en effet partie d’un même bloc, et nous ne sommes pas de ceux qui, face aux outrances de Zemmour et aux violences de ses partisans, en viennent à relativiser le poids de la menace du RN Si Le Pen et Zemmour ont certaines divergences programmatiques et tactiques, il n’en demeure pas moins qu’ils incarnent l’un et l’autre une orientation ultra-réactionnaire, nationaliste, raciste et antisociale, et que les dynamiques qu’ils incarnent et renforcent sont celles de la fascisation.

Des dynamiques qui s’expriment au-delà des rangs de l’extrême droite, avec récemment le triste spectacle de la primaire LR où chacun des candidats semblait essayer de coller le plus possible à Zemmour et Le Pen ; avec aussi le cours raciste-autoritaire du gouvernement Macron, qui n’a pas attendu la candidature de Zemmour pour adopter des discours et des lois liberticides, racistes et islamophobes, pour s’en prendre à tous les mécanismes de solidarité et faire l’apologie du chacun pour soi, ou pour mener de violentes campagnes idéologiques contre l’ « islamo-gauchisme » ou le « wokisme » ; avec enfin la pénétration de l’extrême droite dans plusieurs secteurs de l’appareil d’État, au premier rang desquels la police.

Construire une riposte unitaire

Face à ces dynamiques et aux menaces qu’elles représentent, qu’il s’agisse de l’hypothèse d’une victoire de l’extrême droite à la présidentielle, dont il n’est nul besoin de souligner la catastrophe qu’elle représenterait, ou d’un nouveau durcissement raciste-autoritaire en cas de nouvelle élection de Macron ou de succès de la droite dite « classique », l’heure n’est pas à tergiverser et la riposte doit être construite à plusieurs niveaux.

Il est urgent que l’ensemble des forces du mouvement ouvrier, de toute la gauche sociale et politique, se rencontrent pour envisager les modalités d’une réponse commune. L’heure n’est pas à la défense des intérêts de boutique ou à l’érection de frontières entre le social et le politique : nous sommes touTEs concernés, nous sommes touTEs ciblés, et le seul moyen de faire face à la dispersion, au sentiment d’isolement et au risque de la multiplication des actions violentes des groupuscules, est de nous retrouver pour discuter et construire des réponses communes, dans la rue, dans les lieux de travail, dans les quartiers, dans les universités.

La riposte passe également par le développement des mobilisations contre le chômage et la précarité, pour les salaires, en défense des services publics et de la protection sociale, en rappelant que sur ce terrain, sur lequel elle prospère, l’extrême droite demeure fondamentalement une alliée des classes dominantes. Il s’agit de se mobiliser aussi, avec force, en soutien aux première cibles des Zemmour et Le Pen : en défense des migrantEs, pour la régularisation des sans-papiers, contre le racisme et les violences policières, contre l’islamophobie, contre les résurgences de l’antisémitisme, contre les violences faites aux femmes, pour les droits des personnes LGBTI…

Défendre une politique radicale et décomplexée

Enfin, et c’est ce que le NPA et son candidat Philippe Poutou continueront de faire dans la campagne présidentielle, avec toutes celles et tous ceux qui souhaitent le faire avec nous, nous ne devons pas céder aux pressions venues de la droite et de l’extrême droite et, partant, défendre avec vigueur et fierté des positions de gauche, radicales et décomplexées, sur l’ensemble des questions : anticapitalistes, écosocialistes, féministes, antiracistes, pour l’égalité des droits, internationalistes.

Cette radicalité anticapitaliste n’est pas une posture mais une nécessité : le développement de l’extrême droite, son expansion, et le soutien que lui apportent de plus en plus de secteurs des classes dominantes, plongent leurs racines dans la longue dynamique de crise du système capitaliste l’échelle internationale et dans l’incapacité des partis traditionnels de la bourgeoisie à assurer à la fois les contre-réformes nécessaires aux possédants et la stabilité politique face aux colères populaires. La réponse réactionnaire et violente que représente le fascisme n’est peut-être pas à l’ordre du jour des conseil d’administration du CAC 40, mais la tentation est de plus en plus forte d’y avoir recours chez les dominants en quête de « retour à l’ordre ».

Nous l’avons souvent dit : « Leurs avancées sont faites de nos reculs ». L’heure n’est donc certainement pas à reculer, à faire des compromis idéologiques ou à éviter les sujets qui fâchent dans l’espoir — réel ou fantasmé — de ne pas froisser tel ou tel secteur de l’électorat. Il s’agit donc de combiner à la fois unité d’action et radicalité des propositions politiques, le tout en défendant la perspective d’un autre monde, possible, nécessaire, urgent, débarrassé de l’exploitation et des oppressions.