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8ème jour du procès en appel des meurtriers de Clément Méric

le 6 juin 2021, par La Horde

Nous reproduisons ci-dessous le compte-rendu par le site antifasciste La Horde du huitième jour du procès en appel des meurtriers de Clément Méric.

Morillo et Dufour, néonazis à l’insu de leur plein gré

Le matin, la parole a été donné à deux experts, une psychologue clinicienne et un psychiatre, qui ont interrogé Morillo et Dufour à plusieurs reprises. À l’issue de ces auditions, on comprend que les deux accusés ont des personnalités différentes, sur lesquelles on ne pense pas utile de s’étendre. En revanche, ils ont un point commun, celui d’être incapables d’assumer leurs idées politiques.

Précisons avant tout que tous les experts entendus sont d’accord sur le fait que Morillo et Dufour ne présentent aucun trouble psychiatrique, qu’ils n’avaient pas au moment des faits d’altération du discernement, qu’ils ont des profils psychologiques « banals » et qu’ils ne présentent aucune déficience mentale. Si Dufour a certes du mal à s’exprimer, parfois même à communiquer, ce n’est pas le cas de Morillo, qui a été capable d’échanger avec les différents experts.

Dufour a dans un premier temps a refusé toute expertise, car il pense qu’elle sera « instrumentalisée à des fins politiques ». La deuxième fois, il accepte de rencontrer l’experte, mais ne répond à aucune de ses questions. Elle le présente comme quelqu’un d’agressif, toujours en colère : il estime son emprisonnement « injuste », se sent persécuté. La psychologue note que ce sentiment de persécution est fréquent chez les racistes, les antisémites, que Hitler lui-même était paranoïaque. Quoiqu’il en soit, Dufour ne dit pas un mot de ses convictions politiques ; la psychologue pense que c’est par peur que cela se retourne contre lui. Mais le psychiatre explique aussi la difficulté à se confier à la psychologue par l’idée particulière que Dufour se fait des femmes…

Le cas de Morillo est différent : il est précisé qu’il « se confie aisément », qu’il est capable de rentrer dans un dialogue, mais dès qu’il est question de ses convictions idéologiques, il devient « fuyant ». Si, lors des premiers entretiens, il montre une certaine émotion, semble exprimer une culpabilité sincère, pleure en pensant à ce qu’il a fait, au fur et à mesure il reprend le contrôle, met en place des mécanismes de défense. Il n’assume pas son engagement d’au moins cinq ans au sein du mouvement skinhead [1] : quand on lui parle de sa toile d’araignée au coude (Dufour et Eyraud ont le même), il dit que c’est « un tatouage de marin ». Il tente aussi de dépolitiser son tatouage « Travail Famille Patrie ». La psychologue explique en partie ses choix par narcissisme et immaturité…

Un narcissique immature ? C’est le profil de Serge Ayoub, un autre sujet que Morillo préfère esquiver. Pour les experts, "Batskin" aurait représenté « une image virile à laquelle Morillo aurait eu besoin de s’identifier » : il est vrai qu’il ne voit son père [2] que le week-end…

À plusieurs reprises, les accusés sont présentés comme des suiveurs, des personnalités assez ternes, comme la plupart des jeunes qui se retrouvent au Local pour écouter leur idole à la voix de fausset raconter ses exploits plus ou moins authentiques. Lors de son audition, la mère de Morillo, précise à propos d’Ayoub : « je pense que ce monsieur abusait de beaucoup de jeunes. » Or leur héros, qui devait témoigner lundi dernier [3], puis ce matin, s’est finalement fait porter pâle : il les abandonne une fois de plus.
Au moins, il ne lui aura pas été permis d’utiliser la salle d’audience comme tribune, c’est déjà ça.
La Horde

[1La mère de Morillo, la veille, avait justifié le fait d’être skinhead comme un besoin de se protéger, « une armure » : mais contre quoi, elle ne l’a pas dit.

[2Lors de son audition le mercredi 2 juin, le père de Morillo n’a pour ainsi dire rien dit sur son fils, se contentant de le décrire comme « un bon gamin (…) qui n’a fait que se défendre ». Le père de Dufour, lui aussi entendu mercredi, dira la même chose de son fils, en à peine plus de mots, mais ajoute : « Moi à sa place, j’en aurais fait autant ».

[3Il faut reconnaitre que les flics se sont bien ridiculisés sur cette histoire, puisqu’ils étaient allés le chercher à une adresse à laquelle il n’habite plus depuis plus de 7 ans (et oui, avant la première instance !) alors qu’Ayoub est tout simplement dans l’annuaire…